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  • À la découverte d'autres mondes | Les véritables lieux fantastiques de Grande-Bretagne

    Du cheval dessiné à la craie sur les collines de l’Oxfordshire à la plage du Pembrokeshire parsemée de galets peints, la Grande-Bretagne regorge d’endroits où les mondes réels et imaginaires se rencontrent. Voici six lieux qui ont inspiré certains des plus grands auteurs de fantasy.

    Uffington White Horse. Prehistoric Bronze Age chalk hill figure Oxfordshire, England. Close up over head, eye, ears and neck. By David Matthew Lyons via Adobe Stock.

    19 mai 2026 | Texte de Dave Hamilton


    L’imaginaire ne prend pas toujours forme uniquement sur le papier. Parfois, il naît dans un lieu précis : une porte flanquée d’ifs séculaires, un réverbère à gaz brillant à travers la neige qui tombe, un cheval tracé à la craie sur le flanc d’une colline si ancienne que même ceux qui l’ont dessiné ont disparu dans les méandres du temps. La Grande-Bretagne regorge de ces lieux de passage : des paysages et des bâtiments qui semblent exister à la lisière d’un autre monde, et qui nourrissent discrètement l’imagination des romanciers depuis des générations. Philip Pullman a transposé l’Oxford de Lyra Belacqua, rue par rue, sur la ville réelle. C.S. Lewis a vu un lampadaire victorien et a inventé Narnia. Terry Pratchett s’est installé dans les collines vallonnées du sud de l’Angleterre et y a découvert un cheval de craie devenu une métaphore de la mémoire elle-même. Ces six lieux constituent les coordonnées réelles de certains des autres mondes les plus appréciés de la fiction – et, chose séduisante, vous pouvez encore tous les visiter.

    Vue depuis l'église universitaire Sainte-Marie-la-Vierge, en face de la Radcliffe Camera à Oxford. Une vue aérienne de la « ville aux clochers de rêve ».

    Une vue aérienne d'Oxford, la « ville aux clochers de rêve » qui a inspiré une grande partie de l'œuvre de Philip Pullman. On aperçoit ici l'église universitaire Sainte-Marie-la-Vierge, située en face de la Radcliffe Camera.


    1. L'abbaye de Godstow, dans l'Oxfordshire – Philip Pullman, À la croisée des mondes

    Dans les premières pages de *La Belle Sauvage*, premier tome de la trilogie *Le Livre de la Poussière*, Philip Pullman décrit le prieuré de Godstow comme étant situé :

    Une grande partie de l’action initiale du livre se déroule autour du prieuré de Godstow et de l’auberge « The Trout Inn », deux lieux réels situés à la lisière de Port Meadow, à la périphérie nord-ouest d’Oxford. Pullman vit à Oxford depuis ses années d’étudiant dans les années 1970, et bien que l’univers de Lyra soit parallèle, il correspond en grande partie à la ville qu’il connaît. Les visiteurs peuvent boire une pinte au « Trout », se promener parmi les ruines du prieuré ou faire un petit détour par Oxford pour visiter le musée Pitt Rivers, dont la collection éclectique d’objets ethnographiques a inspiré bon nombre de ceux qui peuplent l’univers alternatif de Pullman.

    Les murs en pierre en ruines de l'abbaye de Godstow, dans l'Oxfordshire, photographiés dans la lumière chaude du soir sur fond de ciel d'un bleu profond, avec des ouvertures de fenêtres gothiques visibles dans les murs encore debout.

    Les vestiges de l'abbaye de Godstow à l'heure dorée ; ce couvent médiéval que Philip Pullman a transposé, presque à l'identique, dans les pages de « La Belle Sauvage ». Fondée en 1133, c'est ici que fut enterrée Fair Rosamund, la maîtresse d'Henri II.


    Godstow fut fondé en 1133 par Édith de Winchester, veuve de Sir William Launceline, sur une petite île située entre deux ruisseaux qui se jettent dans la Tamise – ou l’Isis, comme on l’appelle à Oxford. Ce devait être un havre à l’écart du monde, où ses habitants pouvaient se consacrer à leur dévotion en toute tranquillité. On se souvient surtout de ce prieuré comme du lieu de sépulture de la belle Rosamunde, une maîtresse du roi Henri II. La légende en fait une séductrice qui aurait fini par être empoisonnée par la reine Aliénor – mais la vérité est bien moins dramatique. Au moment de la mort de Rosamunde, Éléonore était emprisonnée pour avoir comploté contre le roi, ce qui rend l’hypothèse de l’empoisonnement impossible. Rosamunde est presque certainement morte de maladie, et ce qui existait entre elle et Henri était très probablement une relation consentie plutôt que la séduction décrite par la légende populaire.

    Comment s'y rendre

    Le prieuré se trouve à quelques pas du centre d'Oxford. Depuis Jericho, suivez Walton Well Road, en face du Victoria Inn, jusqu'à Port Meadow, puis empruntez le Thames Path en direction du nord et traversez le pont pour rejoindre les ruines. La zone peut être inondée en hiver, mais les brumes matinales qui s'élèvent de la prairie ne font que renforcer l'atmosphère des lieux.

    Un grand tas de galets et de pierres peints de couleurs vives, empilés sur une dune de plage de sable à Freshwater East, dans le Pembrokeshire, surmonté d'une petite croix de fortune : il s'agit de ce mémorial informel connu sous le nom de « Dobby's Grave ».

    La tombe de Dobby à Freshwater East, dans le Pembrokeshire : un monticule constitué de pierres peintes et de chaussettes isolées, érigé par des fans, qui s'agrandit un peu chaque année. La plage a servi de décor au Shell Cottage dans les films Harry Potter et est devenue l'un des lieux de pèlerinage littéraire les plus émouvants de Grande-Bretagne.


    2. Freshwater East, dans le Pembrokeshire – J.K. Rowling, Harry Potter

    Pour ceux qui ne le savent pas : Dobby était un elfe de maison, un serviteur magique lié à la famille Malfoy. Harry Potter parvient à convaincre Lucius Malfoy de le libérer en lui offrant une chaussette – car lorsqu’un elfe de maison reçoit un vêtement, son asservissement prend fin. Dobby va ensuite travailler à Poudlard, où il devient l’un des amis les plus fidèles d’Harry. À sa mort, Harry décide de l’enterrer de ses propres mains, sans recourir à la magie, dans le jardin de Shell Cottage. Dans les livres, Shell Cottage se trouve à Tinworth, décrit comme un village de Cornouailles – mais les réalisateurs ont plutôt choisi Freshwater East, une baie de sable du Pembrokeshire située entre Tenby et Broad Haven.

    Ce qui n’était au départ qu’un décor de cinéma éphémère est devenu un véritable lieu de pèlerinage. La petite maison a disparu depuis longtemps, mais la tombe s’agrandit chaque année. À chaque visite, on y trouve un monticule de pierres peintes et de chaussettes isolées laissées par des fans du monde entier – la pile est désormais si imposante qu’une deuxième commence à se former à proximité. D’un point de vue environnemental, ces chaussettes synthétiques posent toutefois problème, car elles constituent des déchets plastiques sur un site géré par le National Trust. Les visiteurs sont donc encouragés à n’apporter que des chaussettes en fibres naturelles ou, mieux encore, simplement une pierre.

    Comment s'y rendre

    Freshwater East se trouve au sud de Pembroke, près de la B4319. Le parking du National Trust dispose de toilettes et d'une aire de tri sélectif. La tombe se trouve à cinq minutes à pied à travers les dunes.

    Une porte médiévale en bois voûtée, encastrée dans le mur de pierre de l'église Saint-Édouard, à Stow-on-the-Wold, flanquée de part et d'autre des troncs massifs et noueux d'ifs séculaires dont les racines se sont enfoncées dans le socle de l'embrasure.

    La porte nord de l'église Saint-Édouard, à Stow-on-the-Wold – un portail qui aurait inspiré à Tolkien les « Portes de Durin » dans *Le Seigneur des Anneaux*. Les deux ifs séculaires ont poussé si étroitement autour de la maçonnerie médiévale que l'arbre et l'église ne font plus qu'un.


    3. L'église Saint-Édouard, à Stow-on-the-Wold – J.R.R. Tolkien, Le Seigneur des Anneaux

    Le portail nord de l’église Saint-Édouard, à Stow-on-the-Wold, est l’une des entrées d’église les plus visitées de Grande-Bretagne : il s’agit d’une porte médiévale cloutée, flanquée de deux immenses ifs noueux dont les racines se sont développées autour de la pierre au fil des siècles. On raconte que Tolkien aurait vu cette porte et s'en serait inspiré pour créer les Portes de Durin, la porte ouest du royaume nain de la Moria, dans *Le Seigneur des Anneaux*.

    La véracité de cette affirmation fait débat : Tolkien avait effectivement un frère qui vivait à Evesham, à quelques miles de là, et les deux hommes se voyaient régulièrement à Moreton-in-Marsh, non loin de là, ce qui rend cette visite tout à fait plausible. Mais ses croquis originaux des Portes de Durin diffèrent nettement de la porte de Stow, et il n’existe aucune preuve directe permettant de confirmer ce lien. Quant aux ifs, il s’agit très probablement de jeunes plants du XVIe siècle, plantés lors de la rénovation du porche – ce qui est récent selon les critères de Tolkien, sans parler des fondations de l’église elles-mêmes, qui datent du XIIIe siècle. Rien de tout cela n’a entamé son attrait. En haute saison, le cimetière se remplit d’admirateurs venus du monde entier, qui font tous la queue pour prendre la même photo.

    Comment s'y rendre

    Depuis la place du marché de Stow, avec le pub « The King’s Arms » dans votre dos, dirigez-vous vers le coin gauche et prenez Church Street pour entrer dans le cimetière.

    Photographie aérienne de la figure en craie du « Cheval blanc d'Uffington », une grande silhouette abstraite représentant un cheval, dessinée dans la colline verdoyante à l'aide de lignes blanches fluides, dans l'Oxfordshire.

    Le cheval blanc d'Uffington, vu du ciel — seul angle sous lequel sa forme abstraite prend tout son sens. Datant d'une période comprise entre 1380 et 550 av. J.-C., il s'agit de la plus ancienne figure tracée à la craie de Grande-Bretagne. La colline située en contrebas est Dragon Hill, où, selon la légende, saint Georges aurait terrassé le dragon.


    4. Le cheval blanc d'Uffington, dans l'Oxfordshire – Terry Pratchett, *Un chapeau plein de ciel*

    Terry Pratchett s’est installé dans le Wiltshire au début des années 1990, et les collines crayeuses du sud de l’Angleterre – juste de l’autre côté de la frontière du comté, à Uffington, dans l’Oxfordshire – ont manifestement nourri son imagination lorsqu’il a écrit les romans mettant en scène Tiffany Aching. Cette série de cinq romans se déroule dans un royaume mythique appelé le Chalk : des collines verdoyantes et vallonnées, reposant sur un sous-sol de craie et de silex, un paysage où l’ancien et le quotidien se côtoient. Dans le deuxième tome, *A Hat Full of Sky*, le cheval de craie de Pratchett fait directement son entrée dans l’histoire :


    Dave Hamilton est écrivain, photographe, cueilleur et explorateur de sites historiques et d’espaces naturels. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages, dont « Where the Wild Things Grow : the Foragers Guide to the Landscape », « Wild Ruins » et « Wild Ruins BC ». Son dernier ouvrage, « Weird Guide Britain », publié par Wild Things Publishing, paraîtra en mai 2026.

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